Za Blog

C'est mon bloc note personnel. Tous les billets ne sont pas sérieux. Il faut manier le second degré parfois. L'humour c'est comme les essuies glace cela n'empêche pas de pleuvoir mais cela aide à y voir plus clair.

4.12.07

Les Forçats du Cybermonde



Canal plus a produit un documentaire qui déclenche des réactions assez vives sur internet. Il traite de trois sujets liés à internet, Passons sur les méthodes de la réalisatrice Vanina Kanban qui relève du tribunal correctionnel et penchons nous sur le fond.

L'idée du documentaire est de véhiculer dans l'imaginaire français qu'internet est le synonyme d'une prison planétaire et dont les gardiens bâtissent des fortunes en exploitant outrageusement le travail des internautes qui survient dans conditions horribles. Il n'y a pas de gain de productivité du aux Technologies de l'information et de la Communication c'est uniquement un moyen de remettre en cause des acquis sociaux. Le titre résume bien cette thèse: un forçat est un prisonnier condamné aux travaux forcés, par extension c'est un prolétaire qui travaille trop maintenu dans un état d'exploitation.

Les employeurs abusent souvent de travailleurs qui sont désormais en concurrence à l’échelle de la planète.
Car avec le Net s’est créée une nouvelle délocalisation sans règlementation, sans droit du travail. L’équipe de JEUDI INVESTIGATION a enquêté sur cet univers dans lequel se sont bâties d’énormes fortunes comme de nouvelles misères au point qu’un jour, un salarié chinois, armé d’un révolver, en viendra à prendre en otage une employée de sa compagnie devant notre caméra pour tenter d’obtenir son salaire !

On comprend bien la thèse défendue: certaines personnes sont riches car d'autres sont maintenues dans un état de pauvreté et exploitées.

C'est bien évidemment en partie vrai, mais ce n'est pas propre aux services sur le net. Les conditions de travail dans des ateliers chinois qui fabriquent toute sortes d'objets manufacturées sont souvent pires que celle des cyberateliers où les joueurs tuent des monstres, les conditions de travail dans les plantation d'évéa pour produire le caoutchouc en Afrique sont plus difficiles. Le commerce mondial pourrait se faire dans des conditions plus équitables, la chose est indiscutable. Mais sans ce commerce mondial ce serait pire. La misère des campagnes chinoises est bien pire, cultiver le riz est plus éprouvant que rester derrière un écran, ou partir grossir les rangs de l'immigration clandestine. En réalité internet n'est pas une prison mais au contraire un espace de liberté inégalé. Si certains s'enrichissent beaucoup, d'autres s'enrichissent un peu, mais tout le monde gagne de la liberté.

Le gros problème que le documentaire n'évoque même pas est l'illégalité de cette activité de gold farming. Blizzad entertaiment, la filiale chérie de Vivendi n'autorise pas la vente d'armes, d'argent virtuel ou de personnages de World of Warcraft. Ces pratiques sont assimilées à de la tricherie et sont passibles d'une suppression pure et simple des comptes concernés. Des dizaines de millions de pièces d'or et des centaines de milliers de comptes sont supprimés. S'il y a des impayés et des problèmes entre partenaires chinois du gold farming business c'est parce que ce métier et tout simplement illégal et risqué. On imagine bien Vanina Kanban faire un prochain reportage sur des trafiquants de drogue et s'indigner parce que les convois qui sont saisis par les douanes ne sont pas payés intégralement sans se rendre compte que tout le business est illégal et risqué.

Le cas de Fotolia également évoqué dans le reportage est très différent. Ce n'est pas du gold farming à la chinoise mais de la vente d'illustration en microstock. Contrairement à la photo de stock qui a ses employés, le microstock n'a pas d'employés créatif, chaque photographe ou illustrateur est indépendant et conserve l'entière propriété de ses œuvres. Les microstocks sont en général perçu comme l'opposé travail forcé, c'est une libération de l'illustration sans précédant. Tout le monde peut acheter ou vendre très simplement des images d'illustrations. Certains le font de façon professionnelle et en tire des revenus très conséquents, d'autres ne le font que pour leur plaisir et ne gagnent pas tellement d'argent, d'autres encore achètent plus qu'ils ne vendent. Il ne s'agit pas de forçat, d'esclavage ou de métayage moderne car l'internaute est non seulement propriétaire de ses moyens de production mais également propriétaire de sa production. La production est intellectuelle et protégée par un droit d'auteur. Reste que la défense de ce droit en pratique n'est pas toujours aisée, mais la simplification des contrats de licences dites "libres de droit" fait qu'il est très avantageux pour n'importe quelle entreprise d'acheter légalement une licence pour une image à un euro plutôt que de risquer un procès très couteux.

Alors certes les "travailleurs" de ces nouveaux services sont en concurrence à l'échelle de la planète mais les entreprises aussi. Il est faux de dire que les magazines payent des images 1000 fois le prix payé au photographes comme le prétend le documentaire. Les photographies sont vendues très bon marché aux magazines, l'illustration visuelle est beaucoup plus simple et ouverte à tous ce n'est plus juste pour une élite riche. Les photographes touchent plus de 50% du prix d'achat ce qui est conséquent tout de même comme commission. 50% ce n'est pas 1000 fois moins. Le photographe Danois Yuri Arcurs, étudiant en psychologie, a vendu plus de 50 000 images de grande qualité sur Fotolia, il vend également abondamment sur d'autres banques d'images, si c'est ce que l'on appelle un forçat du cybermonde et bien c'est qu'il y a une confusion totale des valeurs.

Au fait cyber est un préfixe qui a vieilli, c'est un mot d'avant la bulle, il n'y a plus que les journalistes en mal de sensationnel qui l'utilisent.

http://www.wikio.fr del.icio.us

5 Comments:

At 12/28/2007 02:49:00 PM, Blogger Simon said...

Ce message a été supprimé par l'auteur.

 
At 12/28/2007 02:51:00 PM, Blogger Simon said...

Faut vraiment être tordu pour résonner comme vous !
Sans parler de la journaliste, ni du fond d'illégalité sur ce que revend IGE, ce qu'on voit bien c'est quand même que des PDG se font des couilles en or sur le dos d'autres personnes qui galèrent et en bavent et ce sans aucun scrupule ! Je vois franchement pas comment on peut être partisan de ça... c'est triste... très triste d'en arriver la...

 
At 12/28/2007 03:33:00 PM, Blogger Joseph said...

Simon,

Je ne suis pas partisan de cela du tout je souligne juste que la journaliste met tout le monde dans le même sac alors que faire des amalgames c'est dangereux. Dire que quelqu'un qui respecte la loi est au même niveau que quelqu'un qui ne la respecte pas sans faire la moindre différence n'est pas honnête, c'est de la désinformation, ce n'est pas du journalisme.

Un journaliste doit essayer de comprendre avant d'avoir le moindre engagement.

Il y a de vrais problèmes dans le commerce mondial et c'est dommage que le reportage soit bâclé et naïf.

 
At 1/01/2010 04:56:00 PM, Anonymous Anonyme said...

tu parles de ceux qui respectent la loi et ceux qui ne la respectent pas. D'accord. Mais les lois sont-elles bien faites? ne permettent-elles pas ce genre d'abus? tu parles de la liberté de ces pauvres gens. Non, ils ne sont pas libres! Ils sont obligés de se taper ce job, ses horaires excessifs, c'est de l'exploitation. Mais si ils ne le prennent pas, ils sont à la rue. Et si c'est pas eux qui le prennent, un autre le prendra. Ils ne sont libres que d'être exploités, ils n'ont pas le choix. Mais ne vient pas parler de liberté pour tous. Par contre, les dirigeants sont libres d'exploiter...

 
At 1/01/2010 05:00:00 PM, Anonymous Anonyme said...

Et si comme tu le dis cette activité est interdite, comment cela se fait - il qu'elle se poursuive, que le site officiel d'IGE ne soit pas du tout un site "interdit", "pirate", comment cela se fait il que le propriétaire soit millionnaire? la loi...

 

Enregistrer un commentaire

Links to this post:

Créer un lien

<< Home